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resistanceetamour

Ceci est le blog d'un animateur, vacataire en bibliothèque. Je suis révolté contre les injustices de notre société. Nietzschéen, je fais partie d'une grande aventure humaine: La France Insoumise

Le foot-business ou une course vers le moins-disant fiscal

Publié le 22 Décembre 2013 par JoSeseSeko in Économie, Fiscalité, Europe, Sport, Football, Migration

Cet article est reposté depuis joseseseko.overblog.com.

Le foot-business ou une course vers le moins-disant fiscal

Avec la polémique qu'il y a eu sur la taxe à 75% sur le foot français (menace de grève qui a fait pschitt) et vu que la trêve de Noël arrive pour le football européen, sauf en Angleterre, regardons (un peu) l'aspect économique et migratoire du foot-business, qui est un symbole fort de la trajectoire prise par le capitalisme depuis les années 80-90.

Ce qui marque beaucoup, quand on écrit un article économique sur le foot, c'est de voir à quel point la course au moins-disant fiscal est favorite chez les footeux et leur environnement (clubs, agents, etc). Le mensuel Alternatives Économiques, dans son numéro de décembre 2013, indique que d'après une étude d'Henrik Klaven, Camille Landais et Emmanuel Saez, publiée dans l'American economic review en août 2013 (si vous n'arrivez pas à télécharger la version de l'AER, voici le working-paper de cette étude en PDF), une baisse de la fiscalité des footballeurs permet d'attirer de meilleurs joueurs, mais aussi de remplacer des joueurs domestiques par des joueurs étrangers. C'est donc une immigration qui signale tout l'attrait d'un pays, où on peut se sentir bien seulement pour une question fiscale, donnant un sens monétaire, et court-termiste à la devise latine "ubi bene, ibi patria!"

Mais cette course au moins-disant fiscal n'est pas sans conséquence pour les clubs européens. La première d'entre elles est l'explosion de la masse salariale (frais de personnel + frais de transfert net) des premières divisions européennes (Liga, Ligue 1, Premier League, Bundesliga, Serie A, etc), ayant dépassé la barre de 60% des recettes des clubs entre 2007 et 2011 (données de l'UEFA), avec une croissance continue de cette masse salariale durant la période observée. Ce qui est en forte corrélation avec un engouffrement des pertes nettes de ces mêmes premières divisions européennes, et par conséquent, un endettement massif des clubs européens.

Or, en temps de crise économique, cela de moins en moins évident de justifier un endettement massif de la part de clubs de football, avec une faible fiscalité, surtout en Espagne, où la "loi Beckham", en vigueur en 2004 par le gouvernement de José Maria Aznar (Parti populaire, droite), supprimée sans effets rétroactifs en 2010 par le gouvernement de José Luis Zapatero (Parti socialiste ouvrier espagnol, centre-gauche), permit aux footballeurs étrangers (et tous les autres travailleurs étrangers intéressés par l'Espagne) d'avoir un taux d'imposition (sur le revenu) unique de 24%, tandis que les footeux espagnols avaient un impôt sur le revenu progressif, avec une tranche marginale à 43%. D'ailleurs, c'est en Espagne que se trouve le championnat européen le plus endetté, et du coup, les clubs espagnols sont regardés de près par Bruxelles, notamment le Real Madrid, le FC Barcelone ou l'Athletic Bilbao par exemple, la Commission européenne annonçant mercredi 18 décembre une "enquête approfondie" sur ces clubs, soupçonnés d'avoir reçu des aides d'État illégales. Mais bon, tant qu'une régulation européenne du marché du foot n'existera pas (même si le fair-play financier va essayer à partir de la saison 2014-2015 de tenir ce rôle), le foot-business ne tournera pas rond, avec un enjeu tuant le jeu. Néanmoins, le foot achète la paix sociale car "panem et circenses"!

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