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resistanceetamour

Ceci est le blog d'un animateur, vacataire en bibliothèque. Je suis révolté contre les injustices de notre société. Nietzschéen, je fais partie d'une grande aventure humaine: La France Insoumise

Séminaire : Esclavage et esclaves en Méditerranée

Publié le 15 Avril 2012 par resistanceetamour in histoire

CECI EST UN COMPTE RENDU DE SEMINAIRE TRES INTERRESSANT.

Gilbert Buti, présentation de la séance.

Quelles sont les spécificités de l’esclavage dans l’espace méditerranéen ?

Evoquer cet esclavage ramène aux rafles des négriers, au commerce triangulaire, aux voyages antiques, et aux nombreux débats qui ont agité (ou agitent encore) certaines communautés.
L’esclavage a puissamment contribué à la conflictualité du monde méditerranéen. On peut voir cela par la littérature méditerranéenne, l’image de Ben Hur ou de Spartacus. L’esclavage a traversé les temps médiévaux et s’est maintenu à l’époque moderne. Pourtant dans un premier temps, seuls les historiens médiévistes ont étudié cette question. C’est dans les deux dernières décennies que les modernistes se sont intéressés à cette question avec une tendance à surestimer l’importance d’un sujet épineux notamment à cause de l’opposition  Islam et Chrétienté. Les questions concernaient l’esclavage en Méditerranée, quand elles, ne se résument pas à de simples récits de capture ou à la recherche effrénée d’anecdotes, sont relativement connues, ces questions ont été abordées  en 2000 à Palerme puis en 2001 à Grasse, ces questions été traitées, à partir notamment de publications d’actes, les résultats de ces colloques ont étés publiés en 2001 dans la revue Quaderni Storici.

Les historiens modernistes ont notamment pu proposer une géographie de l’esclavage en Méditerranée.

Débat vif sur le nombre d’esclaves. (14 à 20 millions en 20 siècles.)

On a alors, à l'époque moderne, une société marchande étroitement liée à l’esclavage, à savoir celui des captifs et du rachat. L’économie de la rançon nous est expliquée par Wolfgang Kaiser et Michel Fontenay dont les travaux sur les captifs en Méditerranée ont eu le mérite de lever la confusion entre l’esclavage et la captivité.

Wolfgang Kaiser, professeur d’histoire moderne à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, explore notamment, dans l’article L’économie de la rançon en Méditerranée occidentale (XVIe-XVIIe siècle), la pratique de la rançon sous un autre angle en la considérant comme une ressource de bénéfices. Il nous explique aussi l’échange et le rachat de captifs sont des dérivés des guerres. Pour lui « La rançon participe d’une logique guerrière qui détermine en partie les formes de l’échange et du rachat de captifs, et qui reste présente même dans les opérations de crédit les plus anodines. »

S’inscrivant dans les traces de Braudel (dans La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II), Michel Fontenay, quand à lui, étudie le commerce et la course en Méditerranée entre le XVIe et le début du XIXe siècle. Il fait ainsi une histoire de la « longue durée ». Il montre le maintien d’intenses circulations entre les deux rives, mais son regard reste le plus souvent celui de la rive nord. Dans La Méditerranée entre la Croix et le Croissant. Navigation, commerce, course et piraterie (XVIe-XIXe siècle), Paris, Éditions Classiques Garnier, il nous présente dans la première partie du livre une synthèse de l’histoire de la Méditerranée perçue selon la problématique classique de la progressive marginalisation économique de cette région enclenchée au temps des grandes découvertes. Les trois chapitres suivant guident le lecteur d’abord sur les voies empruntées par d’un pèlerin lorrain et d’un pèlerin breton se dirigeant vers le Levant en 1531 et en 1589-1590, puis sur les pas de commerçants « occidentaux » dans les échelles du Levant au XVIIe siècle. Enfin, les cinq chapitres de la seconde partie traitent du sujet de prédilection de l’auteur, la course méditerranéenne, selon différents angles : en Méditerranée occidentale ; et en Méditerranée orientale.

Quelles sont les différences entre les esclaves et les captifs?

Pour l’esclave, contrairement au captif, l’acheteur est un ennemi. Pour l’esclave, le prix est soumis à la loi du marché alors que le captif est une valeur sûre qui cherche à assurer sa propre vente. Il est important de relier l’esclavage à la course, ainsi les historiens de l’esclavage sont souvent ceux de la course en Méditerranée.

Que peut on voir dans une recherche de Gilbert Buti sur la course des Méditerranéens et dans l’espace atlantique et corsaire?

Les corsaires marseillais capturent les négriers, c’est une  partie du commerce de Marseille. Par exemple, Georges Roux (1703-1792), dit Roux de Corse, très important négociant marseillais devient ensuite armateur (corsaire) et combat des corsaires comme on peut le voir dans « La faïencière provençale: Ou la vie de la Veuve Perrin » de Hubert Duez. En 1762, il capture 29 bâtiments négriers anglais et va les vendre aux Antilles.

Une histoire de l’esclavage méditerranéen, à l’époque moderne, est- elle possible ?

Quelle sont les sources pour essayer de reconstruire ces faits de l’esclavage en Méditerranée?

Les procès de l’Inquisition, des lettres de captifs, les procès de canonisation.

 

Giovanna FIUME, université de Palerme. Une histoire de l’esclavage méditerranéen à  l’époque moderne est-elle possible?

Le temps de l’esclavage a reçu une attention particulière ces vingt dernières années avec les sources évoquées.

Peut-on faire une généralisation sur l’esclavage alors que le contexte particulier de l’esclavage peut avoir des différences?

Le mot esclavage évoque surtout la traite atlantique. A voir, les cartes de l’Unesco : The slave Route Project. Ce projet vise, à travers des enquêtes et des recherches dans les archives, à comprendre les origines, le fonctionnement et les effets de la  « grande déportation » des Africains organisée du 15 è siècle au 19 è siècle par les Européens, vers les Etats Unis d’Amérique. Le commerce triangulaire entre l’Europe, l’Afrique occidentale et l’Amérique du centre et du sud est visible sur ces cartes que nous a transmise Giovanna Fiume. La relation de la traite et de l’esclavage avec l’idée de développement économique est encore au centre d’un débat animé. La carte centrale décrit les routes du commerce des esclaves, transsaharien, méditerranéen et surtout transatlantique. Giovanna Fiume remarque que la christianisation rentre dans ce processus puisque des esclaves africains sont évangélisés puis utilisés par l’Eglise pour évangéliser l’Amérique Centrale et l’Amérique du Sud.

Quels sont les courants historiographiques? D’où viennent-ils ?

Deux courants historiographiques s’opposent : le premier s’appuie sur les mutations économiques que l’esclavage aurait permis, le second marxiste affirme que l’esclavage a été un facteur déterminant qui a permis l’accumulation du capital.

Ces discussions historiographiques ont été entraînées par la bataille des Noirs américains pour leurs droits civils, par les luttes des décolonisations en Afrique. On a cherché à retrouver la subjectivité des esclaves noirs au travers d’entretiens, d’autobiographies. On a cherché à retrouver les formes de résistance à l’esclavage dans les bateaux ou dans les plantations.

Quelle est l’analyse quantitative des migrations?

11 à 17 millions de personnes ont étés embarquées en Afrique.
A ces migrations forcées s’ajoute une migration non forcée vers l’Afrique de missionnaires, d’intellectuels, de travailleurs…, c’est une diaspora commerciale.

Patrick Manning demande une histoire en rapport avec l’histoire démographique, celle des idées. Ce professeur d'histoire spécialiste de l’Afrique et de l’histoire du monde à l'Université de Pittsburgh est aussi president de la World History Network, Inc. une ONG (organisation non gouvernementale) favorisant la recherche dans l'histoire du monde. Son but, en plus de fournir un examen des documents électroniques pour la recherche et l'enseignement dans l'histoire du monde, est de développer des techniques pour lier ces ressources ensemble et  permettre des interprétations larges et des critiques du passé mondial. Les recherches de cet historien portent sur l'historiographie mondiale, au début de l'histoire humaine, les migrations dans l'histoire du monde, la diaspora africaine, et la démographie de l'esclavage en Afrique. Dans son livre, Migration in World History, il parle des migrations qui se font entre ces communautés qui ont chacune un langage distinct. Il y fait une typologie de la migration humaine en la comparant notamment à la migration d'autres espèces (cross-community migration).
Le début des guerres de courses commencent lors des Croisades. Le détournement de la quatrième croisade vers Constantinople en est, en 1202, un symbole puisqu’elle avait au départ pour but de reconquérir les lieux saints. Le discours politique est prédominé par le discours religieux. L’esclavage est l’une des conséquences de cette guerre ouverte dans le monde musulman et le monde chrétien.

 

De quoi parlent les sources de l’époque moderne ?

Elles montrent l’esclavage comme résultant d’une condamnation pénale à ramer dans les galères, résultant de la course. On ne retrouve aucun équipage sans esclaves à part à Venise.

Quelles sont ces sources ?

Ces sources sont notamment des récits d’esclaves à travers des images barbaresques peintes sur les murs de leurs prisons (les prisons de l’Inquisition dont à Palerme), des séries de graffitis de prisonniers représentant notamment la bataille navale de Lepante (en 1571), entre chrétiens et ottomans qui se finit par la défaite de ces derniers. On peut y voir des inscriptions en latin, souvent des lamentations. C’est un type de sources que les historiens modernistes commencent tout juste à étudier. Au travers de ces graffiti,  émerge une série de croyances mixtes, à cheval entre le Christianisme et l’Islam, une sorte d’animisme.

Les sources pour l’étude de l’esclavage sont aussi diplomatiques, épistolaires et notariales. Elles viennent aussi des douanes, des ports et des assurances maritimes. Le recensement des communes siciliennes le permette aussi puisque les esclaves y sont répertoriés parmi les biens. Les suppliques et les mémoriaux écrits par des captifs siciliens  sont également dignes d’intérêt. Les procès de l’Inquisition espagnole et de canonisation est aussi intéressante pour l’étude de l’esclavage à condition de prendre des précautions méthodologiques. En effet il est compliqué d’utiliser les sources de l’inquisition alors que ses résultats sont obtenus par la torture. Parmi les sources judiciaires figurent aussi les procès du Saint Office espagnol en Sicile. Les lettres permettent également d’avoir plus d’informations sur les conditions de vie des esclaves dans les villes corsaires du 16éme au 19éme siècle. Si ces lettres nous donnent ces informations elles sont surtout liées au rachat, pour établir un contact avec la famille, pour signaler qu’ « on » a été acheté par un autre maitre…

Quelles sont les particularités de l’esclavage méditerranéen par rapport à l’esclavage atlantique ?

La condition de la course des esclaves a également ses spécificités que ce soit à Tunis, à Alger, au royaume du Maroc ou dans les différentes villes du camp chrétien.

La réciprocité : on trouve des esclaves chrétiens dans les mains des Musulmans et vice-versa, On peut ainsi voir que l’esclavage a lieu des deux cotés comme l’ont expliqué (voir plus haut) Michel Fontenay et Wolfgang Kaiser. Le rachat est aussi une spécificité, en effet, on reste esclave durant une durée limitée. La conséquence en est la possibilité de réinsertion. L’abjuration est très fréquente parmi les Chrétiens puisque c’est parfois la condition pour être libre (un musulman ne peut qu’être libre selon le coran). Ils sont alors des renégats. Un renégat est une personne qui renie ses opinions, sa religion, sa patrie ou son parti.

 

Quelle est la théorie de Giovanna Fiume ?

Selon Giovanna Fiume, la Méditerranée rentre dans les objets de l’obsession identitaire qui ont conduit la culture italienne à s’interroger sur l’identité italienne ou sur l’identité Européenne et ses racines chrétiennes.

Elle propose une lecture sur l’esclavage à partir de la course, la course est une expédition de corsaires. Le mot course apparaît dans la langue française au XVIIème siècle, c’est l’histoire qui donne un sens précis au mot course, différent de la piraterie, spécifiquement un  phénomène « moderne » qui atteint son apogée en 1577 et qui dure jusqu’en 1720. L’esclavage devient ainsi un sujet de réflexion sur la Méditerranée. Elle est partie d’un contexte global pour ensuite se focaliser à partir de procès sur l’histoire d’une famille d’esclaves dont le père et la mère appartenaient à deux maîtres différents. Cette situation amène à se poser des questions. L’une des formes de résistance des esclaves contre leur condition en Sicile est le refus de reproduction des couples.

            Alessandro Tuccillo, Université de Naples Les illuministi (les lumières) et le problème de l’esclavage. Circulation des idées antiesclavagistes à Naples au XVIIIéme siècle.

Qu’allons-nous étudier?

Nous allons ici travailler à partir de commentaires de Constant et de textes italiens traduits en français. En France, la première édition traduite, soutenue par les milieux parisiens, parut en 1786-1791. La deuxième traduction est de 1799. Elle fut soutenue par l’esprit de la révolution.

Le chapitre de la deuxième partie du commentaire intitulé «  de la traite des Nègres » se développe à partir de la citation numéro 1 (cf citations en annexe).

Benjamin Constant reprochait à Gaetano Filangieri d’avoir exécré la traite sans le dire publiquement. Il se fait le porte-parole du programme politique des abolitionnistes en France. Les législations des pays Européens qui avaient aboli la traite au début du 19ème siècle devaient être rendues efficaces à travers une large mobilisation des consciences. L’abolitionnisme, fondé sur l’universalité des droits de l’homme, laissait diffuser les horreurs de la traite, afin de stimuler la condamnation de l’opinion publique. C’est ce que montre la citation de Constant (cf citation numéro 4 en annexe).

Si les arguments contre l’esclavagisme sont repérables dans la construction polémique de Constant, il faut s’interroger sur l’encadrement de l’antiesclavagisme pour comprendre cette tendance typique des philosophes au 18éme siècle. En effet, le royaume de Naples et les autres Etats italiens ne participent pas à l’expansionnisme colonial aux Amériques à l’époque moderne. Ainsi, la dénonciation de Filangieri à propos du trafic, n’était pas lié aux problèmes politiques de gestion et de possibles réformes des colonies, elle rejoint les idéaux des droits de l’homme.

Comment interpréter alors les déclarations de Filangieri, représentant des lumières ?

Pour répondre à cette question nous allons aborder les critiques concernant l’esclavage des Noirs et l’exploitation coloniale, formulées par les Illuministes méridionaux du 18 è siècle.

Monsieur Tuccillio a travaillé, dans sa thèse, sur la circulation des idées en Italie au 18 è siècle, pays des lumières, et étudié la question politique de l’esclavage au 18 è siècle et au 19 è siècle. Quand il a commencé mes études de doctorat en 2006, la critique de la colonisation et de l’esclavage dans la pensée italienne avait été soit vaguement abordée dans des études sur les lumières italiennes au 18éme siècle, soit n’avait pas fait l’objet d’études monographiques (une recherche monographique consiste à trouver tous les livres, articles, et autres documents, portant sur un sujet précis).

L’histoire politique des états italiens semblait exclure a priori un antiesclavagisme sans colonie. En revanche, nous croyons pouvoir affirmer que dans les milieux philosophiques italiens la condamnation de l’esclavage connut un essor à peu près parallèle à l’antiesclavagisme français pendant la deuxième moitié du 18 è siècle.

Mais d’où nous viennent les sources sur la question de l’esclavage colonial ?

Elles nous viennent tout d’abord de l’économie politique et des ouvrages les plus importants des économistes européens de l’époque.

Ensuite elles nous viennent de la réflexion sur les classiques des droits naturels qui se joint à l’étude des droits romains et de la littérature grecque et latine, ainsi que des textes français comme ceux de Montesquieu, Rousseau, notamment dans la littérature du voyage.

Comment comprendre les origines de l’esclavage ?

Pour les comprendre il faut lire l’ouvrage de Ferdinando Galiani (économiste italien protégé par Charles IV) (1728 – 1787) : « De la monnaie », paru à Naples en 1749.

Il s’est lié d’amitié avec Diderot durant son séjour à Paris quand il fut nommé secrétaire à l’ambassade de Naples à Paris de 1759 à 1777. Il critiquait les théories des physiocrates qui dénoncent l'esclavage comme contraire à la loi naturelle et aux droits essentiels de l'homme : liberté et propriété.

Il réunit alors autour de lui un cercle de catholiques défenseurs  de Newton et de Locke voulant dépasser les sophismes de la métaphysique, remplacer la logique par l’expérience afin de mettre les sciences de l’ordre aux services de la Nation. Ce projet voit son manifeste en 1753 dans « Discours sur le vrai but des lettres et des sciences » de Galiani. Les sciences techniques et l’économie vont jouer un rôle fondamental dans ce projet. Des ouvrages Espagnols, Français, Anglais permettaient aux ministres de réfléchir sur les systèmes économiques des grandes puissances européennes notamment sur le rapport de subordination et d’échanges inégaux que ces puissances imposaient a d’autres états plus faibles.

Cette réflexion, à la fois théorique et politique liait les savoirs des Napolitains à l’économie mondiale et notamment les modalités d’exploitation des colonies. Galiani a participé en 1750 aux débats sur la monnaie, il propose une politique monétaire novatrice pour l’époque. Il juge positives les conséquences de la découverte de l’Amérique car la grande disponibilité d’or et d’argent avait permis aux Européens de sortir de la misère qui avait caractérisé le Moyen-âge. Mais son analyse s’intéressait aussi aux conséquences de la prospérité économique de l’Europe. Galiani a été persuadé du rapport direct entre le bien-être européen et le joug de l’esclavage subi par les Indiens et les Noirs africains.

Pour mieux comprendre cela il faut lire la citation n°5 tirée d’un texte de Galiani (c.f citations en annexes).

Par cet écrit, Galiani brise la représentation pacifique de la société commerciale moderne qui était très rependue dans les états italiens et en Europe. La colonisation de l’Amérique  ne pouvait être jugée que positivement par la société Européenne. Galiani y révèle et dénonce les analogies entre les conquêtes des Romains et la colonisation de l’époque moderne, et l’aveuglement des Européens.

Cependant, Galiani ne s’arrête pas aux aspects tragiques de la colonisation. Il considère l’esclavage comme un mal nécessaire.

Quoi qu’il en soit l’esclavage est un exemple emblématique de l’insuffisante considération que les hommes avaient de leurs semblables. En 1751, les rapports entre esclavage et conscience morale des lumières françaises étaient encore dans une phase de gêne. A ce sujet, Genovesi exprime ainsi son horreur pour l’esclavage colonial dans la citation numéro 6 (cf citations en annexe).

Cet intérêt n’était pas isolé à la moitié des années 1750, car en 1757, Antonio Genovesi (1713-1769) abordait la question dans ses notes à la traduction italienne d’une histoire du commerce. Cet abbé, protégé par Charles VI, était professeur de philosophie et d’économie politique à l’université de Naples.

Qu’est ce que Genovesi professe dans ses cours ?

Dans ses cours, il ne se limitait pas à exposer les théories économiques, il proposait à ses jeunes élèves de parler de politique économique pour le royaume de Naples. Son objectif était de former une nouvelle classe dirigeante engagée dans tous les secteurs de l’économie : l’agriculture, l’industrie, le commerce. Ce programme de formation passait par l’étude de l’histoire économique des grandes puissances qui avaient conquis tous les marchés comme l’Angleterre, le France, la Hollande. Le commerce colonial des esclaves était décrit par Keynes d’une façon neutre. La définition d’esclaves n’était pas différente de celle des autres marchandises. Cependant pour Genovesi le caractère de la traite des noirs était une question controversée puis qu’il souligne aussi l’incompatibilité de cette pratique avec les principes de l’égalité naturelle des hommes.

Les principes de l’égalité naturelle des hommes sont affirmé dans la citation 7 que je traduis : « ici est vendu par les souverains de ces lieux et même par les privés une si grande quantité de ces animaux doués de raisons, lesquels selon la loi de nature naissent partout naturellement égaux, parce qu’ils sont fils du même père et ont le même souverain en nature (naturel) qui est Dieu, très bon et très grand. »

Cependant Genovesi, tout comme Galiani, ne parvenait pas à formuler une proposition abolitionniste. Il était bien conscient de la nécessité du commerce colonial pour la prospérité de l’Europe et savait bien que l’exploitation de l’Etat colonial était fondée sur le travail des esclaves africains.

Ainsi le monogéniste (partisan de la théorie selon laquelle toutes les races humaines dériveraient d’un type d’une population voir d’un couple unique) Genovesi s’étonnait de la réduction en esclavage des êtres humains mais s’arrêtait à ces questions qui concernaient la biologie, la philosophie, la politique et qui, de son propre aveu, débordaient le sujet de commentaires à l’ouvrage de l’histoire économique. En revanche, il faisait une critique des institutions de l’esclavage comme violation du principe de l’égalité mais cette critique de l’esclavage est invalidée pour deux raisons.

Quelles ont ces raisons ?

D’abord, l’esclavage des noirs était indispensable à l’exploitation des colonies.

Ensuite, la traite des Noirs avait gardés la vie à plusieurs prisonniers de guerre de l’Afrique qui sans cela seraient morts. Ces arguments étaient fondés d’une part sur le droit romain qui a autorisé la réduction en esclavage des prisonniers de guerres, d’autre part, sur le principe moral selon lequel les droits mineurs pouvaient être subordonnés aux droits majeurs. Autrement dit, on pouvait subordonner les droits à la liberté, aux droits à la vie. Genovesi précisa ce principe dans Lezioni di commercio, o di economia civile (1757) en affirmant le caractère licite de la vente volontaire de sa propre personne qu’il appelait « servitude passive ». Il ne condamnait  que l’achat d’esclaves qu’il appelait «  servitude active ».

Quels sont les arguments réfutés par nos sources ?

Genovesi réfute l’argument esclavagiste de Melon (Jean-François Melon de Pradou est un économiste français qui est contre le mercantilisme) formulé dans l’« Essai Politique sur le Commerce ». Genovesi déclarait qu’il n’aurait jamais écrit comme Melon l’avait fait que l’usage des esclaves dans les colonies montrait que l’esclavage n’était pas contraire à la religion et à la morale. La justification de l’institution simplement sur la base de son existence lui semblait difficile à soutenir.

Cependant, il aurait été impossible de réformer l’archaïque institution socio économique du royaume de Naples sans l’esclavage. En définitive l’esclavage est une institution admissible mais tout à fait négative, qu’il fallait au moins modérer. On relève beaucoup de critiques de l’esclavage dans les années 1750 et de ce point de vue, nous comprenons les raisons pour lesquelles à la fin de la note 23, Genovesi exaltait le code noir de Louis XIV comme mesure réformatrice qui avait rendu aux esclaves « la possession des droits de l’humanité que le maître voulait leur soustraire ».

Genovesi avait dans ses cours posé la question de la légitimité de l’esclavage. Ce n’est par hasard que Francesco Longano, élève de Genovesi élabore une position esclavagiste à partir de la réfutation de Genovesi du chapitre sur l’esclavage de l’essai politique du commerce de Melon.

Longano est un résultat de la basse littérature napolitaine du milieu des lettrés mais n’a pu entrer dans le monde de la République des Lettres. Je venais d’une famille de paysans, il arriva au royaume de Naples en 1752 où il fréquenta l’université et dès 1753, il suivit le cour de Genovesi. Même elle était l’élève favori de Genovesi, il ne réussit pas à le remplacer à la chaire de l’université à cause de ses positions radicales sur : la corruption, la superstition, la nature parasitaire du clergé et le fait qu’il ait accepté l’idée de l’égalité naturelle des hommes inspiré par Rousseau et qu’il a formulé dans son ouvrage.

La traduction de l’essai de Melon par Longano aboutit à tout autre chose. A quoi aboutit-elle ?

La longue introduction et les nombreuses notes sont presque un texte autonome par rapport au texte de Melon. Or dans ce vaste commentaire de l’essai politique sur le commerce, la question de l’économie et de l’esclavage colonial tient une place remarquable. Si le point de départ était la critique de Genovesi sur Melon, Longano a radicalisé cette critique sur la base de ses idées à propos de l’égalité naturelle des hommes et de ses lectures d’articles.

Longano exaltait les droits naturels de l’homme. Son projet de réforme de la société se fondait sur la reconnaissance progressive de ces droits dans la société civile, mais comme la plupart des philosophes italiens, il n’était pas un primitiviste ; il portait un jugement positif sur la civilisation moderne fondée sur le commerce. Il n’était pourtant pas disposé à sacrifier des milliers de vies d’Américains et d’Africains pour la prospérité de l’Europe. Il ne partage pas la thèse de Galiani selon laquelle l’Europe a besoin d’exploiter un autre peuple pour être heureux. Sa critique portait aussi sur les conséquences néfastes de la colonisation.

Aux arguments de Melon formulés dans le chapitre 3, à propos de l’opportunité d’établir une domination coloniale, Longano opposait l’idée d’employer le surplus de population dans les industries qui produisent des produits de luxe, destinés à l’exportation. D’ailleurs, l’exemple de l’Espagne a démontré que les entreprises coloniales étaient une cause de dépeuplement qui pesait sur l’économie du pays et aussi sur la métropole. C’est ce qu’on peut voir dans l’annotation 8 (cf citations en annexe) de Longano à l’Essai politique sur le commerce. Une critique si radicale de la colonisation européenne ne pouvait mettre de côté l’esclavage des noirs. Longano dit ainsi que la proposition de Melon en plus d’être horrible est fausse.
Par ailleurs, l’abbé Longano juge que les droits sont outrepassés mais n’arrive pas, comme Rousseau, à créer un nouveau contrat social. Tout son engagement était consacré au droit naturel. Or l’esclavage était le paradigme de la négation de ces principes, c’est ce qu’on peut voir par l’annotation 9 (cf citations en annexe) faite par Longano. La position de Longano sur l’esclavagisme, était donc bien plus radicale que celle de Genovesi. Cependant, le principe d’égalité naturelle des hommes n’était pas une philosophie indispensable pour formuler une condamnation de l’esclavage.

Quel est l’état d’esprit de la majorité des philosophes Napolitains et le projet politique de Filangieri?

Pendant les années 1770, la position de Longano n’était pas partagée par la majorité des scientifiques napolitains. Au contraire, la science de l’homme au 18éme siècle était celle de ceux qui considèrent les ordres naturellement inégaux.

L’égalité naturelle parmi les hommes n’avait pas de conséquences au sujet de l’esclavage. L’inégalité biologique des hommes, admise dans l’état civil de Naples, est notamment justifiée par Francescantonio Grimaldi (membre des Illuministi lui aussi) dans Saggio sull'ineguaglianza umana publié en 3 volumes dans les années 1780. Il y affirme son opposition aux thèses de Longano, Filangieri, Galiano et Genovesi. Il évoque l’état de Nature et refuse d’étudier l’image métaphysique de l’homme construite par les philosophes. Sa référence polémique est évidement Rousseau. Il oppose aux naturalistes l’intégrisme de l’observation scientifique. Selon lui, la condition naturelle de l’homme était l’Etat civil qui était fondé sur l’inégalité physique et morale parmi les hommes.

Filangieri, on l’a vu, prend les sociétés primitives en exemple. Or dans ces sociétés primitives il n’existait que l’égalité morale parmi les hommes, qui était menacée sans cesse par l’inégalité physique. Le processus de civilisation passait donc pour Filangieri, par l’amélioration de l’égalité morale afin de compenser l’inégalité physique.

Filangiéri a traité les principes de l’inégalité naturelle, parmi les hommes, mais il n’envisageait pas le retrait de ces inégalités d’Etat dans les sociétés civiles même si l’esclavage violait les droits imprescriptibles de la liberté des hommes.

Il considérait comme exécrable ce droit des sociétés anciennes qui avaient admis l’esclavage, tout comme Montesquieu dans le chapitre 8 livre 15 de L’esprit des Lois. Cependant cette il ne discutait pas de l’abolition de l’esclavage des noirs. Au 18 è siècle à Naples, est relancée cette discussion sur l’esclavage.

En conclusion :

L’esclavage est la négation du projet politique des lumières d’émancipation de l’homme, tel que le conçoivent les philosophes des Lumières qui définissent les droits de l’homme et inventent l’économie politique.

La participation des Illuministes méridionaux à cette critique du système colonial esclavagiste, fondé sur la reconnaissance de l’universalité des droits de l’homme, laisse en suspens un problème puisque ni Galiani, ni Genovesi, ni Filangieri ne lancent la question de l’abolition.

Celle concernant la perception juridique et sociale de la présence des esclaves en Méditerranée apparaît plus complexe que ce que dit Filangieri et fait réfléchir au décalage entre Atlantique et Méditerranée en ce qui concerne la présence et le traitement des esclaves. A cet égard, les textes des philosophes n’offrent pas de réponses, ni de piste de recherche.

Gilbert Buti, telemme. Aix Marseille Université. Gens de couleur et esclaves dans la ville à Marseille au XVIIIéme siècle.

Il a écrit sur ce sujet le chapitre Commerce honteux pour négociants vertueux à Marseille au XVIIIe siècle dans le livre suivant : Villes portuaires du commerce triangulaire à l'abolition de l'esclavage.

Il s’agit d’une double recherche sur l’intégration des gens de mer à la ville et sur les capitaines de navires marchands.

La documentation, faible et fragmentée, rend délicate l’approche sur la présence d’esclaves à Marseille au XVIIIe siècle. Du coup monsieur Buti ne propose pas ici un dossier complet, mais une esquisse d’un travail inachevé.

La présence d’esclaves dans la ville à l’époque moderne reste peu étudiée car c’est un sujet sensible.

Quelles sont les sources ?

Il  y a tout d’abord des inventaires de décès signalés aux notaires ou on peut trouver des liasses avec des comptes où figure des achats et des ventes d’esclaves faîtes par un huissier. Chez le notaire on peut aussi trouver dès le 18ème siècle des mentions d’acte de locations d’esclaves. Mais, ce sont souvent de sources fragmentaires.

Au-delà des indices aperçus dans les actes notariés, nous disposons de mesures administratives visant à contrôler les minorités notamment en les enregistrant. Les archives d’Aix-en-Provence nous fournissent aussi des documents utiles au dénombrement des gens de couleur effectué en 1777 puisqu’a partir d’un édit du 9 août promulgué par Louis XVI qui interdit purement et simplement l'entrée du royaume à tous les Noirs.

Quel est le plan ?

Nous allons nous intéresser d’abord à la réglementation en France en ce qui concerne les gens de couleur pendant la première moitié du 17éme siècle. Puis nous allons étudier durcissement de la législation qui vise à contrôler ces populations en 1716. Enfin il faut poser la question de l’intégration ou non de ces minorités dans l’espace Provençal.

Que voit-on dans le dénombrement ?

Il donne pour la France, un total d’environ 5000 individus dont une centaine pour la Provence, la majorité se trouvant à Marseille. Les trois quart des esclaves qui sont à Marseille, viennent des îles françaises d’Amérique et des Antilles (française) Saint Pierre, Fort Royal… Ce n’est pas grand-chose mais, cette minorité est révélatrice de comportements sociaux et politiques.

Par ailleurs, on peut aussi remarquer qu’avec 120 expéditions négrières au XVIIIe siècle Marseille est très loin derrière les autres ports négriers même si ces expéditions connaissent une accélération soudaine et brutale au milieu du siècle.

Antoine de Sartine, ministre de Louis XVI est chargé de le mettre en place à partir de 1776. Il constitue une commission pour élaborer un règlement sur les gens de couleur en France et afin de les recenser mais le résultat en sera consensuel puisqu’on n’emploie pas le mot esclave à des fins domestiques.

Quelles en sont les mesures fondamentales ?

On met en place des dépôts portuaires, où les esclaves devront rester à la charge du maître qui verse une caution et un recensement des noirs présent sur le territoire.

En 1766, Étienne-François de Choiseul (premier ministre officieux de Louis XIV) adresse à l’intendant de Provence et  président du Parlement de Provence Charles-Jean-Baptiste des Gallois de la Tour une lettre ou l’on voit les inquiétudes du pouvoir politique: le nombre de nègres a tendance à se multiplier en France, de leur présence résulte des abus très dangereux, il faut lutter contre le mélange du sang, les colonies perdent les bras nécessaire aux travaux. Enfin, l’insubordination dans les colonies qu’apportent les esclaves qui ont séjournés en France trop longtemps entraîne des révoltes. Les maîtres et les capitaines de navires marchants devant se charger de faire la déclaration aux officiers de la royauté, le texte est difficile d’application.

Néanmoins, il y a un renforcement des mesures, les textes rappellent les obligations pour les marins lorsqu’un bateau arrive à Marseille : il doit passer par le Frioul et attendre d’obtenir l’autorisation d’entrer dans le port de Marseille. Une fois dans le port, il y aura une visite pour voir s’il n’y a pas de clandestins.

Ces restrictions alimentent un vif débat dont nous avons les échos dans plusieurs mémoires déposées aux archives départementales à Aix ou aux archives nationales d’outre-mer qui posent des questions sur des situations personnelles.

Il est demandé à ce que l’on soit vigilant pour empêcher les mariages afin de venir à l’extinction totale de cette espèce. Et en cas de mariage, ils seront renvoyés dans les plantations aux frais des propriétaires d’esclaves.

Il y a quelques limites dans la mise en application pour le recensement, l’état de Provence reçoit des formulaires doit les distribuer, les rassembler et les renvoyer à Sartine : l’opération se fait rapidement, fin 76 et le printemps 77. Cependant Sartine a tout reçu est mécontent car il y a un tas d’oublis, aussi il adresse une demande à l’intendant pour renouveler l’opération. A l’occasion de cette opération, il est demandé la date d’entrée dans le Royaume, ce qui permet de constater que de très nombreux sont rentrés bien avant 77 et sont restés plus de trois ans.

Quelle est la réglementation de l’esclavage ?

Depuis le 14éme siècle, la cour de France juge incompatible l’esclavage avec les domaines du royaume, c’est ce que l’on nomme privilège de la terre de France. En 1625, Louis XIII accepte une exception à cette règle car, selon ses conseillers, l’esclavage facilite la conversion des Africains transportaient dans les Îles Françaises d’Amérique. La condition en est que le principe du privilège de la terre de France soit maintenu. Ainsi, jusqu’au début du 18 e siècle, ce n’est qu’aux colonies que l’esclavage est envisagé. C’est le code noir de 1685 qui règle la vie des esclaves dans les îles françaises. Il a rendu licite les pratiques de l’esclavage.

La liberté est donnée par les lois du Royaume, aux esclaves dès qu’ils touchent la terre de France. Il y a cependant un certain flou juridique autorisant les habitants français des îles de conserver leurs nègres esclaves quand ils viennent en France. Les choses vont se clarifier à partir de 1716.

Quelles sont les mesures adoptées et pour quelles raisons ?

On a une double inquiétude exprimée par l’Etat : d’une part la concentration spatiale de la population, d’autre part les esclaves venus en France.

Une mesure de 1716 définit un encadrement strict au séjour des esclaves en France métropolitaine. Le maître doit obtenir une permission du gouverneur général pour faire partir l’esclave des Antilles. Ce texte garantit la propriété de l’esclave. Le maître se verra confisquer son esclave s’il ne se soumet pas aux formalités administratives. Le maître peut affranchir l’esclave.

Cette mesure connaît un renforcement en 1738. Le pouvoir fixe alors à trois ans la durée de séjour des esclaves en France. C’est le temps de recevoir de l’éducation catholique ou d’apprendre un métier puisque théoriquement un esclave ne peut être accepté en France que pour ces deux raisons.

Il y a cependant parfois des dérogations qui permettent de prolonger la durée. De plus, il y a quelques doutes sur ce contrôle puisque on l’a vu, certains esclaves sont restés bien au-delà des trois ans.

Qui sont les maîtres?

Dans 13 cas sur 50 ce sont des négociants, dans une dizaine de cas, ce sont des capitaines, des officiers, des navigants ou des marchands de négociants. Cependant nous n’avons pas assez d’informations pour pouvoir généraliser.

 

Quelles sont les particularités marseillaises ?

A Marseille la lieutenance générale de police, ne dispose pas comme dans d’autres villes portuaires de police des noirs.

Il y a un relatif équilibre entre les sexes dans la population d’esclaves à Marseille ou en Provence alors que ce n’est pas équilibré dans les autres ports comme Bordeaux et Nantes.

Les esclaves sont plutôt jeunes à Marseille, le quart des gens de couleur à moins de dix ans alors que globalement, dans les trois quart de ces recensements en France elle est de 8%.

La domesticité est majoritaire, mais elle est loin de représenter une telle dominante que celle qui est observée dans le reste du royaume. Il y a aussi des artisans, des couturiers, des cuisiniers, des tonneliers…

Enfin, si les gens de couleur sont majoritairement seul en arrivant, il y a aussi la présence de familles mais elle est plus rare. Pour quelques cas, on a des informations très précises et d’autres, il faut se contenter simplement d’une mention. Hors de Marseille, la présence des gens de couleur en Provence et attestée par des officiers de la marine de Toulon.

Quelle est la situation provençale ?

En général, à Marseille en particulier, se pose la question de l’intégration. La reconnaissance de liberté est une date décisive dans cette intégration. Nous savons à partir des renseignements, que sur les 80 gens de couleurs arrivés à Marseille, 11 ont été libres et 60 autres sont esclaves, nous n’avons pas d’indication pour les autres. Les esclaves qui ont été affranchi l’ont été soit à partir d’actes notariés spécifiques où sur décision par des actes privés. Près d’un esclave sur deux a été affranchi au moment des durcissements des lois prisent à leur encontre. Et, si, en général, le baptême a précédé l’affranchissement, c’est le mariage qui parait l’étape essentiel pour atteindre l’insertion sociale de cette population et ce malgré les décisions rappelées d’interdiction des unions entre blancs et noirs. Des mariages mixtes ont été célébrés comme on peut le voir dans les registres paroissiaux à Marseille. En 1778, le parlement de Provence oblige le curé de Saint-Féréol a célébré un mariage, celui-ci refuse en vertu des directives de 1738, renouvelé en 1777. Le mariage peut être autorisé pour l’intérêt général si l’esclave s’est intégré. En 1777, le prix de l’Académie de Marseille qui comprends des négociants et des Francs- Maçons et planteurs, récompense un négociant huguenot André Liquier qui présente pourtant un discours violemment anti-esclavagiste: « nous combinons de sang froid l’achat et l’esclavage de nos semblables et nous osons encore parler d’humanité et de vertu ». Cependant nous nous devons de rester sceptique  sur cette « opposition de principe » puisque selon George Buti a retrouvé André Liquier associé en 1788 dans une compagnie qui a livré plus de 300 esclaves à Saint-Domingue…

A Marseille, le commerce est quadrangulaire : on va dans les Mascareignes (archipel de l'océan Indien) et après y avoir fait le commerce, on passe sur les côtes du Mozambique ou d’Angola et on file aux Antilles vendre la cargaison d’esclaves achetés sur ces côte puis on rentre à Marseille.

Conclusion.

Les prudhommes ont permit plus grande intégration des esclaves et on a pu pointer le dirigisme du pouvoir central à plusieurs reprises.

Le principe libérateur de l’affirmation des droits de l’homme pour tous les résidents, de quelque couleur qu’ils soient sera proclamé, par la constituante en 91. Mais cette décision, ne servit qu’à une faible minorité de gens de couleurs, aux entrées strictement réglementées. De plus l’état politique des gens de couleur libres reste du ressort des assemblées coloniales ce qui donne une limite à ces décisions politiques.

Il n’y a pas de boum d’arrivée de gens de couleur à Marseille alors qu’il y a un boum de la traite négrière à partir des années dans la décennie 1783-1793. C’est la raison pour laquelle nous avons aussi peu de témoignages d’esclaves. Les lois sont difficiles à appliquer.

Enfin nous n’avons qu’une seule approche de l’esclavage, celle des esclaves nous manque, ce qui limite par avance notre champ d’étude.

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Antidemago 15/04/2012 18:59

Une petite coquille dans la traduction:

"Ce professeur d'histoire spécialiste de l’Afrique et de l’histoire du monde à l'Université de Pittsburgh est aussi He is also president of the World History Network, Inc., a nonprofit corporation
fostering research in world history.président de la World History Network, une ONG (organisation non gouvernementale) "

Il reste du texte d'origine en anglais.

C'est intéressant, assez équilibré (il y est question de réciprocité) mais j'avoue ne pas être passionné par le sujet.

Est-ce un des éléments de l'histoire de l'Afrique que nous avons évoqué, ou est-ce complètement à part?

resistanceetamour 20/04/2012 14:38



merci :)