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resistanceetamour

Ceci est le blog d'un animateur, vacataire en bibliothèque. Je suis révolté contre les injustices de notre société. Nietzschéen, je fais partie d'une grande aventure humaine: La France Insoumise

Plutôt John Dewey que Cahuzac!

Publié le 6 Avril 2013 par resistanceetamour

Dans la crise des années 30, lors de la grande dépression, il y eut aux USA un débat entre deux intellectuels libéraux (nous utilisons ici le mot libéraux dans le sens des Etats-Unis, c'est-à-dire des progressistes).

Notre premier intellectuel s’appelle Walter Lippman. Pour simplifier nous dirons ici qu’en fait Lippmann est qualifié de libéral pour les raisons suivantes :

Il parle d’abord de manipulation de l'opinion publique par les médias, en tant qu’ancien journaliste il est très critique envers sa profession.

Il s’est aussi positionné contre Mussolini. Il s’allie avec Théodore Roosevelt qui est pour un contrôle étatique du capitalisme. Cette théorie appelée New Nationalism s’oppose au programme de New Freedom élaboré par Wilson qui ne voulait que des lois anti-trust. Nous sommes en 1912, dans une période ou le parti républicain était plus progressiste que le parti démocrate qui n’avait pas encore pris le tournant du New Deal de Franklin Delano Roosevelt. Le parti démocrate a longtemps représenté les ségrégationnistes blancs du sud.

Economiquement, il s’oppose à Ricardo et au libéralisme autoritaire et au laissez faire.

Dans « Method of Freedom » il considère qu’il faut corriger les inégalités créées par le système capitalisme par des actions correctives et accepte certaines théories de Keynes. Il est aussi intéressant de noter qu’ la fin de sa vie il s’oppose à la guerre du Vietnam


Notre second intellectuel se nomme John Dewey. Il est lui considéré comme socialiste par ses comtemporains (ce qui rappellons le est une insute aux USA). Quant Staline a accusé Trotsky d'être l'ami de nazis Trotsky a organisé un contre procès dont le président fut Dewey. Dewey s'est aussi engagé contre le maccartisme. En fait on peut dire que c'etait un philosophe engagé.

Ces deux intellectuels débattent pour chercher des solutions pour sortir de la crise des années 30. Le point principal abordé dans ce débat, c’est la démocratie. La démocratie a toujours été mise en question : on peut le voir dans le débat Artistote/Platon. Platon distinguait les hommes en trois puissances différentes : le désir, le cœur et la raison et préconise la domination de la raison dont font partie les philosophes. Aristote lui croit en la communauté politique dans laquelle la société serait divisée en deux classes, riches et pauvres, mais avec une égalité dans les droits et les devoirs comme citoyens.

Lippmann a une position qui se rapproche de celle de Platon : comme le peuple est manipulé, ce n’est pas lui qui doit décider mais les experts. Pour lui la démocratie doit se baser sur un savoir que nous n’avons pas. C’est ce qu’il dit dans son livre “public opinion” en ajoutant que nous ne savons pas ce qui se passe dans le monde extérieur. Sa théorie est, j’en ai parlé, que les medias nous manipule, c’est notamment pour cette raison qu’il dit dans « Libert and the news » : “La crise actuelle de la démocratie est une crise du journalisme. Pour lui, la démocratie n’est pas capable de représenter la réalité. Pour Lippmann le public ne donne pas son opinion, il vote pour ou contre une proposition, et c’est pour cette raison que la démocratie de représente pas la volonté des gens. Il critique aussi le concept de majorité qui n’est qu’occasionnelle. Pour lui ce sont les experts qui doivent décider.
Passons maintenant à John Dewey qui comme Artistote croit en la communauté. Pour résumer la grande idée de Dewey c'est que nous devons croire en la démocratie, nous y convertir. Nous devons agir et ne pas seulement avoir une attitude de spectateur.  
Il pense lui aussi que la démocratie se base sur le savoir mais se positionne contre les experts. Il insiste lui sur l’importance de l’éducation pour nous enseigner ce savoir, c’est un point très important dans sa philosophie. « L’éducation est un progrès social… L’éducation n’est pas une préparation à la vie, c’est un processus de vie ».

 Dewey envisage que le public puisse « sortir de son éclipse ». Il croit en la responsabilité individuelle (je reviendrais dans un autre post sur la conception de l’individualisme selon Dewey qui n’est pas le sujet de ce post). Il pense aussi que la vraie démocratie c’est la communauté. Pour lui, la démocratie permet la participation des citoyens et protège des experts qu'il voit comme une oligarchie dont les intérêts ne sont pas forcément ceux des citoyens. Dewey, nous l’avons dit, a des mots très durs envers les experts. Il dit notamment: « Une classe d'experts est inévitablement si éloignée de l'intérêt commun qu'elle devient nécessairement une classe avec des intérêts particuliers et un savoir privé – ce qui, sur des matières qui concernent la société, revient à un non-savoir ». Vous l’aurez compris : l’allusion à Jérome Cahuzac est à peine voilée (et pourtant ce cher Jerome n’était pas encore né, c’est dire tant Dewey nous a prévenu à l’avance de sa malfaisance). Vous vous rendez compte ? Le type savait compter ! C’était un expert vanté comme le meilleur du gouvernement par la droite et par le journal de la finance « Les échos ». Oui Cahuzac c’était le ministre des échos, à voir ici http://www.lesechos.fr/12/04/2012/LesEchos/21164-008-ECH_cahuzac--le---monsieur-chiffres---de-hollande.htm?texte=Cahuzac et  ici http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/actu/reuters-00508072-portrait-cahuzac-la-chute-du-chasseur-de-couts-du-gouvernement-550614.php, édifiant on a vraiment l’impression que sa démission est une mauvaise nouvelle pour eux. Il arrivait à dire les chiffres du budget sans lire aucune note. C’est normal, quand on fait attention à son propre argent au point de le mettre en suisse, c’est sûr qu’à ce moment-là on sait bien compter. Vous l’aurez compris je suis ironique. Voilà quelqu’un qui prétendait ne pas croire en la lutte des classes et avait un (ou deux) comptes en suisse. Voilà quelqu’un qui devait lutter contre la fraude fiscale et était lui-même un fraudeur.


fraude.jpg

Qu’est-ce qu’on rigole !

 

Vous l’aurez compris, je suis plus dans le camp de Dewey que dans celui de Lippmann. Plutôt l’éducation que les experts ! Plutôt Dewey que Cahuzac.

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