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resistanceetamour

Ceci est le blog d'un animateur, vacataire en bibliothèque. Je suis révolté contre les injustices de notre société. Nietzschéen, je fais partie d'une grande aventure humaine: La France Insoumise

introduction de ma recherche

Publié le 18 Juin 2012 par resistanceetamour in histoire

Lacoste Brice.

     

 

Mémoires : Regards de trois mémorialistes, le Cardinal de Retz, la Grande Mademoiselle, le Marquis de Dangeau sur la mise en place et l’exercice du pouvoir, au XVIIème siècle, sous Louis XIII et Louis XIV.

 

Qui écrit l’histoire ?

Ecrivent l’histoire, les historiographes et les historiens, spécialistes officiels de l’histoire. L’histoire, du latin « historia », information,  du grec « ιστορία »,  enquête sur le passé est la relation écrite de faits passés, le compte rendu des événements concernant la vie de l’humanité. L’historien enquête sur le passé et informe. L’historiographe est celui qui est nommé officiellement par un seigneur, un prince ou un roi pour écrire l’histoire du temps de son souverain, ou des époques antérieures, si le roi le lui demande.

A ces spécialistes s’ajoutent les chroniqueurs et leurs modernes émules, les mémorialistes. Le mot chroniqueur apparaît au Moyen Age, au XIIème siècle. Les chroniqueurs – de « khronos » (Chronos est le nom donné au dieu du temps), temps en grec – sont auteurs de recueils d’histoire, du grec kronica biblia. En tant que tels, ils rédigent en suivant l’ordre chronologique, en suivant la logique du temps. Le tempérament de chacun apparaît dans l’écriture, on peut citer Villehardouin1, Froissart2, Commynes3, Joinville4.

[1]

 

Ils ont travaillé à une œuvre commune, l’histoire de leur temps, mais chacun se révèle à nous par sa vitalité et son individualité. Ils ont été des témoins oculaires, des combattants, ils racontent leurs souvenirs. Cette écriture de l’histoire cesse alors d’être un travail d’érudit ou un arrangement romancé des événements.

 Les chroniqueurs n’ont pas le souci d’objectivité des historiens d’aujourd’hui. Ils ont des tempéraments forts, des styles personnels. Froissart est le dernier « pur » chroniqueur et c’est Commynes qui fait, au XVème siècle, le lien entre chronique et mémoire.

Comme les chroniqueurs, les mémorialistes sont des acteurs. Ils agissent, du verbe latin « agere, actum », agir. Acteurs dans la société, ils se « positionnent » par rapport à elle et au pouvoir politique car ils sont conscients d’y jouer un rôle. Par ailleurs, en tant qu’écrivains, ils sont acteurs dans l’écriture. Mais, s’ils agissent, ils se regardent aussi agir, ils sont alors spectateurs d’eux-mêmes, de leur propre spectacle, plus ou moins actifs selon les circonstances. Ils posent un regard autour d’eux, regardent les différents pouvoirs, dont les leurs.

Nous allons, trois siècles après, poser notre regard sur le genre des Mémoires pour montrer en quoi nos objets d’études, trois personnages de la noblesse : Retz, La Grande Mademoiselle, Dangeau, tout en étant acteurs, spectateurs, sont aussi mémorialistes, témoins, juges des faits, de ce qui est fait, des événements, de ce qui arrive. Lorsqu’ils écrivent, racontent leur vie, ils peuvent être en situation de retraite ou d’exil, que celle-ci soit due à l’âge ou à la disgrâce. Ils éprouvent alors le besoin de mentionner cette disgrâce, qu’ils estiment injuste et écrivent pour la réparer. Les mémorialistes peuvent aussi être toujours en grâce auprès de la Cour, dans ce cas l’écriture n’est pas due à un esprit de revanche.

 

Ces mémorialistes posent leur regard, sur eux-mêmes, sur les autres, sur leur temps, regard qui est introspectif et le plus souvent rétrospectif. Ils critiquent parfois explicitement, parfois implicitement Richelieu, Mazarin et Louis XIV, les représentants de ce pouvoir. Mais pourquoi le font-ils ? Quelles sont leurs raisons de critiquer ces personnes alors qu’ils sont proches du pouvoir ? Ils critiquent certains nobles alors qu’ils font partie de la noblesse.

Précisons d’abord le contexte historique dans lequel ont évolué les trois mémorialistes. Louis XIII, fils d’Henri IV a régné trente trois ans, de 1610 à 1643. Pendant sa minorité c’est sa mère Marie de Médicis qui a été régente, et en février 1614 a eu lieu une guerre civile due à la révolte des Grands. Majeur en octobre 1614, il assiste à deux guerres civiles puis se marie avec Anne d’Autriche en novembre 1615. En 1618 débute la guerre de Trente ans, guerre religieuse et politique qui ravage le Saint-Empire. A l’origine il s’agissait d’un conflit religieux entre les princes allemands protestants et les Habsbourg souverains catholiques. Puis la France de Richelieu se lance dans la guerre contre la maison d’Autriche. Condé remporte la Victoire de Lens, mettant fin à cette guerre en 1648.

En 1624 Richelieu entre au Conseil du Roi. En 1638 Louis XIII déclare la guerre à Philippe IV d’Espagne. Louis XIV naît le 5 septembre 1638. Des révoltes ont lieu dans plusieurs régions. Le roi réduit le pouvoir du Parlement en 1641. Le comte de Soissons et le duc de Bouillon (Frédéric Maurice de La Tour d'Auvergne), se révoltent, Cinq Mars et de Thou sont exécutés en 1642. Richelieu meurt le 4 décembre de la même année et Mazarin entre au conseil. Six mois après Richelieu, Louis XIII meurt le 14 mai 1643.

 Commence alors le règne de Louis XIV. Il régnera soixante douze ans. Pendant sa minorité, Anne d’Autriche, sa mère, sera chef du Conseil. Le Parlement retrouve alors son autorité. Mazarin devient principal ministre. Il  aura contre lui une partie de la noblesse. La cabale des Importants est la preuve de cette opposition : y participeront notamment le Duc de Beaufort et Madame de Chevreuse. En 1645, c’est le début de la Fronde parlementaire.  Le Parlement de Paris manifeste son opposition. Mais le 20 août Condé remporte la victoire de Lens. Les 26, 27, 28 août 1648 ont lieu les journées des Barricades à Paris. Enfin, le 12 mars 1649 c’est la paix de Rueil et la fin de la Fronde parlementaire.

Le 18 juin 1650, les Princes, Condé et le duc de Bouillon, sont arrêtés, ce qui entraîne la Fronde des Princes qui dure jusqu’en 1653. En 1651, on assiste à une union des Frondes, la fronde parlementaire reprenant. Mazarin part en exil, c’est son premier exil. Le 7 septembre, le roi est proclamé majeur. Il rappelle Mazarin qui repart en exil le 19 octobre pour revenir le 26 octobre sur la demande du roi. C’est alors qu’est arrêté le cardinal de Retz. L’essentiel des deux Frondes a lieu, pendant la minorité de Louis XIV, ce qui explique la mise en place du pouvoir absolu. En 1654 le roi est sacré à Reims, le 7 mars. Il impose alors sa volonté au Parlement. Commence alors le règne du roi Soleil, Louis Dieudonné, le plus long règne de l’histoire de France, à la fois éclatant et sombre où le pouvoir a été exercé de façon trop souvent arbitraire, et que des nobles, gens de pouvoir eux aussi, ont « regardé », admiré ou contesté. (Minorité de Louis XIV).

La problématique de ce mémoire sur les mémoires est : quel est le rapport au pouvoir de ces mémorialistes et jusqu’où peuvent-ils contester, critiquer la monarchie absolue de droit divin ?

 



 

 

1) Villehardouin (1150-1212) Geoffroi de, maréchal de Champagne puis de Roumanie (Empire de Constantinople), joua un rôle important comme chef militaire et plus encore comme diplomate dans la IVème croisade qui aboutit en 1204 à la fondation de l’Empire latin de Constantinople, il rédige: L’Histoire de la conquête de Constantinople ou Chronique des empereurs Baudouin et Henri de Constantinople de 1207 à 1213. Son point de vue est partial car il a pour objectif d’en faire l'apologie.

2) Joinville (1224-1317) Jean, sire de Joinville en Champagne participa à la VIIème Croisade en Egypte au cours de laquelle le roi Louis IX l’attacha a sa personne. Il fut le confident du roi, administrateur de ses vertus, il voua un culte à sa mémoire. A la demande de la reine Jeanne, femme de Philippe le Bel, il dicta une histoire de Saint Louis achevée en 1309 et dédiée à Louis X, arrière petit fils de Saint Louis dans : Livres des saintes paroles et, des bons faits de notre saint roi Louis : une vie de Saint Louis.  Il raconte notamment la croisade en Egypte. Il ne s’intéresse vraiment qu’aux événements qu’il a vécus lui-même.

3) Froissart (1337 après 1400). Ce fut un grand voyageur : Angleterre, Ecosse, Italie. Au service de plusieurs princes, il vécut dans l’entourage des plus grands Seigneurs de son temps. Ce qui explique la variété et la richesse de ses informations. Poète et chroniqueur, ses Chroniques embrassent l’histoire des années 1326-1400, c'est-à-dire des origines et de la première moitié de la guerre de Cent ans. Il s’efforce de distinguer dans son information ce qui est sûr et ce qui l’est moins. Il voudrait aussi dégager les causes des événements au lieu de se borner à en faire le récit. Son œuvre a aussi une valeur littéraire.

4) Commynes (1447- 1511), issu d’une famille d’ancienne noblesse. Il consacra son activité au service des plus grands princes de son temps, notamment de Charles le Téméraire, et ses missions diplomatiques l’amenèrent à de nombreux voyages. Il fut le conseiller intime de Louis XI. Il rédigea ses Mémoires pendant les années 1489-1491, puis 1495-1498. Ses Mémoires comprennent deux parties : 1)  livre I à IV: règne de Louis XI. 2) Règne de Charles VIII. Il s’agit de souvenirs personnels. Il fait un portrait de Louis XI. Son destin l’a mêlé à tous les grands événements de son temps, si bien que son œuvre vaut à la fois par la vie d’un témoignage direct et par ses qualités historiques.


 

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