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resistanceetamour

Ceci est le blog d'un animateur, vacataire en bibliothèque. Je suis révolté contre les injustices de notre société. Nietzschéen, je fais partie d'une grande aventure humaine: La France Insoumise

Partie 2. De la résignation

Publié le 26 Mai 2015 par resistanceetamour in humour, politique, livres

Comment François Hollande a miné sa base sociale.

Les comportements électoraux sont déterminés par les traditions familiales, culturelles, et religieuses. Accroitre le nombre de ses adversaires est donc très difficile. Frédéric Bon et Michel-Antoine Burnier en concluent que miner sa propre base sociale est le meilleur moyen de perdre les élections. Décrivons comment François Hollande y est parvenu.

François a d’abord réussi à se fâcher avec les salariés. Il n’a pas augmenté le SMIC. Il a augmenté la TVA alors qu’il avait promis de revenir sur l’injuste hausse de la TVA faite par le méchant Nicolas Sarkozy. Enfin, avec sa loi, Macron qui propose : en « assouplissant » le travail le dimanche, en faisant commencer le travail de nuit à 24 heures au lieu de 21 heures, en libéralisant l’autocar, et mettant fin à la justice prudhommale, il se coupe à la fois de sa base syndicale et de sa base électorale.


Ensuite, le gouvernement s’est fâché avec les fonctionnaires qui votent traditionnellement socialiste. Pour y arriver, après avoir férocement critiqué le gel du point d’indice du gouvernement Fillon il a prolongé cette érosion du pouvoir d’achat. Hormis, l’effort sur l’enseignement il a prolongé les réductions d’effectifs des autres ministères et continué la politique de RGPP[1]. Il a aussi bloqué l’indexation de la retraite des fonctionnaires sur l’inflation.

Enerver les jeunes est aussi très important. Ils votent habituellement à gauche quand ils votent, ce qui est rare, il faut donc faire en sorte qu’ils se réfugient dans l’abstention. Les lycéens, s’ils ne votent pas, font bel et bien partie de la base sociale de la gauche car ce sont des fainéants qui aiment ne rien faire. Pour miser sur l’avenir le PS doit leur montrer qu’il ne vaut pas mieux que la droite.

Pour les énerver il faut continuer les mêmes politiques migratoires et sécuritaires que Sarkozy. Il faut tenter d’expulser les mineurs scolarisés comme Yéro, Khatchik et Leonarda. Quand cette dernière se fait expulser pendant une sortie scolaire, la réaction du MJS[2] est excellente. Les Jeunes Socialistes demandent à Manuel Valls de « s’expliquer ». Voilà un résultat excellent, le président réussit à énerver la jeunesse de son propre parti. Comble du bonheur, une vingtaine de Lycées ont été bloqué demandant son retour. Si le soufflé est retombé bien trop vite, il a été habillement relancé par les tentatives d’expulsion des deux autres puis par la mort de Remi Fraisse. La mort de ce militant de France Nature Environnement était une aubaine que le gouvernement a saisie. En déclarant : « il n’y a pas de bavure », le ministre de l’intérieur de l’époque détériore avec talent la situation.

S’obstiner à faire l’aéroport de NDDL[3], le barrage de Sivens, la ferme des milles vaches puis celle des 250.000 poules permet aussi de se fâcher avec les jeunes écologistes. En interdisant des manifestations en son honneur et celles en solidarité avec Gaza le ministre de l’insécurité rend plus facile les débordements des plus radicaux et se fâche avec les jeunes d’origine palestinienne et les musulmans. Cela lui permet aussi de contrôler tous les jeunes pour remplir les fichiers de police et d’exaspérer ceux qui n’ont rien fait.

Pour s’isoler de son électorat, il est enfin important de cultiver la noblesse de l’entre-soi, entre gens d'un petit monde qui ne parlent que de leurs problèmes. C’est une règle d’or de la bourgeoisie. Cela permet de montrer aux classes populaires que l’on ne fait pas partie du même monde qu’elles. C’est pour cette raison que le mari de la ministre Najat Vallaud-Belkacem a été nommé secrétaire général adjoint de l'Elysée.

Enfin chacun sait que ceux qui paient plus d’impôts votent plus que ceux qui en paient moins. C’est pour cette raison que François Hollande supprime la première tranche d’impôt. Il se prive ainsi d’une part indéniable de son électorat dans les classes populaires qui va moins voter. Il suit ainsi l’exemple de Nicolas Sarkozy qui avait installé un bouclier fiscal pour plonger les plus riches dans l’abstention, bouclier d’ailleurs supprimé par François Hollande pour rappeler aux riches leurs intérêts. C’est pour la même raison que Michel Sapin refuse une fusion de la CSG et de l’Impôt sur le Revenu car selon lui cela entrainerait « une augmentation des impôts ».

Comment chasser ses militants.


Si miner sa base sociale est important, démoraliser ses militants est encore plus nécessaire. Si vos militants sont démotivés, ils font campagne avec moins d’entrain et vous avez encore plus de chances de perdre.

Le cas du PS.

Le maître dans ce domaine est Lionel Jospin. En déclarant : « mon programme n’est pas socialiste » il avait convaincu les militants socialistes de voter Besancenot. Pendant la campagne présidentielle François Hollande n’a pas réussi à faire de même, c’est ce qui a fait la différence entre lui et Nicolas Sarkozy. Ce dernier, en faisant une campagne d’extrême droite, a démotivé les gaullistes sociaux et les chrétiens démocrates qui ont voté François Hollande.

Il est facile de décevoir les militants quand on est au pouvoir. D’abord on fait le contraire de ce que propose le parti. On allonge la durée de cotisation alors qu’on a promis la retraite à 60 ans. De fait, les gens seront obligés à cotiser quatre ans de plus s’ils veulent une retraite décente. De son côté, l’opposition de droite est tellement dans la surenchère que personne ne la croit.

Le gouvernement recule ensuite sur le droit du travail en votant l’Accord National Interprofessionnel. En même temps le PS laisse Gérard Filoche[4] organiser des conférences et des meetings pour expliquer aux militants combien cet accord est mauvais.

Quand François envoie cinq ministres chanter la sérénade et parler de «ras-le-bol fiscal» aux patrons à l’université d’été du MEDEF, il écœure la gauche de son parti. Quand Valls va se fait applaudir par le MEDEF en plastronnant « j’aime l’entreprise », il sidère la base des militants socialistes. Enfin, il leur met la tête sous l’eau en les traitants de passéistes.

Pour finir de décevoir ses militants, François Hollande a réussi à ne pas rompre avec les vielles pratiques de la cinquième république. Il a continué de recevoir des dictateurs et la politique de la Françafrique. L’exfiltration de Compaoré en est un exemple.

Cette politique a produite de bons résultats. Le PS a vu nombre de ses militants quitter le navire. Si bien qu'aujourd'hui ils ne sont plus que 70.000, soit une perte de deux-tiers de ses effectifs. Encore un an et il lui restera 3 pelés et un tondu.

L’opposition n’a pas démérité

Quand un parti n’est pas au pouvoir, il lui est difficile de démoraliser ses militants. Pourtant le Front de Gauche, l’UMP et le FN ont réussi à le faire.

Le Front De Gauche n’a pas eu beaucoup d’effort à faire pour démoraliser ses militants. En maintenant un Cartel[5] de partis aux ambitions contradictoires, il a fabriqué une ambiance délétère en maintenant la guerre entre les militants de ces groupes. Cela ne suffisait pas, les députés du FDG ont donc voté la loi sur le terrorisme avec l’UMP et le PS pour se fâcher avec l’extrême-gauche.

L’UMP a aussi réussi à démoraliser ses militants en leur faisant payer la non-validation des comptes de campagnes par le Sarkothon. Puis Monsieur Jean François Copé a privé François Fillon de sa victoire à la présidence de l’UMP. Ainsi il a causé de nombreux troubles à l’intérieur de son parti.

Notons que le FN commence aussi à énerver ses militants. En mettant des homosexuels à la tête de son parti et en proposant de changer le nom du Front National, Marine Le Pen énerve son père et les militants de la base homophobe et raciste. C’est un effort notable, il faut le constater. Hélas, c’est pour l’instant largement insuffisant.

Comment François Hollande a donné du pouvoir à ses adversaires.

Quand le Parti Socialiste a conquis le sénat puis les présidentielles et les législatives par effet de dynamique il a réussi à avoir tous les pouvoirs. Il n’y était jamais arrivé auparavant, c’était gênant. Il fallait remédier à cela.

Pour donner du pouvoir à ses adversaires, François Hollande a eu la bonne idée de s’entourer de gens de droite qui sont entrés à l’Elysée avec lui. On peut citer des visiteurs du soir comme Michel Pezet[6], Gérard Collomb, Pascal Terrasse ; des membres de cabinets tels qu’Emmanuel Macron[7], Laurence Boone[8] ; et les directeurs de cabinets : Pierre-René Lemas et Jean Pierre Jouyet.

Ce dernier est un symbole de l’opportunisme tout azimut. Cet ami de 30 ans de François Hollande et mari de Brigitte Taittinger fut ministre des Affaires Européennes puis Président de l'Autorité des marchés financiers dans les gouvernements Sarkozy. Avec de tels états de service, il était normal que François Hollande le propulse à son secrétariat Général de l’Elysée. Enfin François a eu la bonne idée de mettre le président de l’UIMM[9], Frédéric Saint-Geours, à la tête de la SNCF.

François Hollande a fait l’effort de virer toute la gauche qui faisait partie du gouvernement sauf Christiane Taubira qui lui sert de Jiminy Criquet, de bonne conscience. Il les a remplacés par des ministres de droite : Bernard Cazeneuve qui ne considère pas les meurtres de manifestants comme des bavures, Laurent Fabius qui veut ouvrir les magasins le dimanche, Manuel Valls qui a toujours été de droite, Geneviève Fioraso qui veut privatiser l’université, et surtout Emmanuel Macron.

Ce bébé Attali est l’ex-rapporteur de la commission pour la croissance qui proposa à Nicolas Sarkozy des mesures ultra-libérales telles que la fin des 35 heures et la casse du code du travail. En bon « socialiste » Macron a tellement gagné d’argent à Rothschild qu’ils l’ont nommé gérant associés. Sa nomination dans un gouvernement Vallsien fut suivie de déclaration tellement iconoclaste que certains députés de droite l’ont invité à rejoindre sa famille d’origine. Macron est « hautement toxique » [10] pour François Hollande.

François Hollande a aussi donné du pouvoir à l’UMP en leur offrant la commission des finances puis en nommant Jacques Toubon défenseur des droits. Pour parachever son œuvre, il perdit 130 mairies et la majorité au sénat puis les régionales et les départementales.

Mais donner du pouvoir à la droite n’avait pas une force suffisamment symbolique pour amener les militants de gauche à un état végétatif. En effet l’alliance entre UMP et PS n’étonne plus personne. Il fallait donc passer à une nouvelle étape : la légitimation du FN en tant « qu’adversaire républicain ». C’est pour cette raison que François Hollande invita Marine Le Pen seulement deux jours après un attentat commis par des extrémistes qui détestaient Charlie Hebdo, comme le Front National. Il a aussi permis à des chefs d’Etats fascistes : Orban et Netanyahou de venir manifester en solidarité avec eux.

La force symbolique de cette nouvelle alliance, appelée union nationale, est décuplée par la haine que les caricaturistes Charb, Wolinsky et Cabu vouaient, à raison, au Front National et à Madame Le Pen. « Pas d’unité nationale avec les fascistes » auraient dit Charb et ses collègues qui voulaient interdire ce parti. L’union nationale est un piège à Gogols ! C’est une négation de la démocratie qui empêche de poser les questions qui fâchent.

Pour l’instant le dosage de François Hollande est si parfait que son candidat n’a fait que 51% contre le Front National dans le Doubs, ancien fief ouvrier de gauche. Si le PS, grâce à sa victoire, n’est pas tombé dans le précipice, il n’en est plus qu’à un pas. Mais, attention ! Il nous faut ici prévenir François. S’il se moque trop de nous, la résignation pourrait facilement se transformer en colère car trop forte. Or, la colère, contrairement à la résignation a des aspects positifs, c’est elle qui a amenée Syriza, parti-frère du Front de Gauche, à la victoire en Grèce.

Exercices.

I. Questions.

1/ Un président de la République décide de sidérer ses électeurs. Parmi les propositions suivantes choisissez la meilleure :

a/ Ne pas combattre la finance.

b/ Nommer Emmanuel Macron ministre de l’Economie.

c/ Augmenter la TVA.

d/ Faire une politique d’austérité.

e/ Continuer à réduire les effectifs de fonctionnaires et à geler du point d’indice.

Corrigé.

Réponses a/ et b/, si vous ne comprenez pas pourquoi, relisez les chapitres précédents

2/ Un président de la République décide d’énerver les jeunes. Parmi les propositions suivantes choisissez la meilleure :

a/ Continuer la même politique migratoire et la même politique sécuritaire que Sarkozy.

b/ Construire des aéroports un peu partout

c/ Tuer un jeune militant écologiste.

d/ Contrôlez les papiers de dizaines de jeunes par jour.

Corrigé.

Toutes les réponses sont bonnes.

3/ Vous n’êtes pas au pouvoir et vous voulez décevoir vos militants, comment faites-vous ?

a/ Vous organisez une souscription.

b/ Vous faites une alliance électorale avec d’autres partis sans fusionner avec eux.

c/ Vous organisez une guerre des chefs.

Corrigé.

Toutes les réponses sont bonnes.

II. Complétez les phrases suivantes en ajoutant le mot qui manque :

1/ Le président a encore baissé de quatre points dans les sondages, mais on sent comme un … dans l’opinion.

a/ ricanement.

b/ remords.

c/ frémissement

Corrigé.

Ricanement.

2/ Le socialisme à la française c’est le socialisme sans …

a/ Les militants.
b/ La finance.

c/ Les socialistes.

Corrigé.

Réponse c/ évidemment.

3/ Nicolas Sarkozy est le … de la politique.
a/ Groucho Marx

b/ Alain Delon

c/ Jean-Paul Belmondo

Corrigé.

Groucho Marx

III. Rébus


Retrouvez cette déclaration de Manuel Valls.

Partie 2. De la résignation

Corrigé

Île faux mètre fin ail Lagos pas c IST (infection sexuellement transmissibles)

Il faut mettre fin à la gauche passéiste.

[1] Révision Générale des Politiques Publiques

[2] Mouvement des Jeunesses Socialistes, organisation de jeunesse du Parti socialiste et école du vice selon François Mitterrand.

[3] Notre-Dame-des-Landes.

[4] Membre du bureau national du PS qui prend son rôle d’opposant interne très à cœur.

[5] Groupement d’intérêts, alliance.

[6] Si vous ne connaissez pas Michel Pezet, ancien secrétaire du PS13, sachez qu’il a fait perdre une fois la gauche à Aix et une fois la gauche à Marseille, en plus d’être de droite il est un spécialiste de la défaite.

[7] Banquier d’affaire chez Rothschild et ensuite associé de cette Banque.

[8] Journaliste de l’Opinion, journal libéral de droite, très sévère envers François Hollande avant sa nomination.

[9] Union des Industries et des Métiers de la Métallurgie, ces « maitres de forges » du patronat qui avaient constitués une immense caisse noire pour favoriser les « syndicats amis » du MEDEF.

[10] Op.cit A tous ceux qui ne se résignent pas à la débâcle qui vient, Laurent Mauduit, p66.

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Un partageux 26/05/2015 10:58

Le maître dans ce domaine est Lionel Jospin. En déclarant : « mon programme n’est pas socialiste » il avait convaincu les militants socialistes de voter Besancenot. Je reprends cette perle mais il y en a un paquet long comme une autoroute concédée à Vinci...

Une petite erreur de chiffre : il reste non pas 60 000 mais 70 000 actionnaires au Parti socialiste qui ont voté les pleins pouvoirs au Conseil de gérance et au PDG, président-directateur général.