Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
resistanceetamour

Ceci est le blog d'un animateur, vacataire en bibliothèque. Je suis révolté contre les injustices de notre société. Nietzschéen, je fais partie d'une grande aventure humaine: La France Insoumise

Dans quelles mesures l'Etat est-il encore légitime pour conduire des politiques industrielles ?

Publié le 21 Décembre 2013 par resistanceetamour

Ceci est une composition. La différence entre la composition et la note de synthèse est que l'on peut s'engager dans la première, notamment dans la conclusion. On doit présenter tous les points de vue mais on peut les critiquer.

​​D’après François Mitterrand en 1980 : « les nationalisations sont bonnes dès lors qu'il s'agit de mettre à la raison un monopole dans un secteur clé de l'économie ». Elles sont selon la définition des transferts du domaine privé au domaine public de la propriété de biens ou de moyens de production. Elles font partie de la politique industrielle que peut exercer un gouvernement.

En effet, la politique industrielle désigne l'intervention publique effectuée par le gouvernement pour favoriser certains secteurs industriels ou en vue de les développer. Cette intervention peut se faire notamment pour des raisons d'indépendance nationale, quand il y a faille de l'initiative privée ou déclin de l’industrie nationale.

Les nationalisations faites par la Gauche en 1981-1982 sont des exemples d’interventions publiques, mais celle-ci y a renoncé dès 1983. Un mouvement inverse de privatisation a été enclenché à partir du changement de majorité de 1986. Cette politique a même été poursuivie par le Parti Socialiste sous le gouvernement Jospin sur des entreprises nationalisées à la Libération, et des administrations publiques (France Télécom).

Alors peut-on encore dire que cette politique d’intervention est légitime et, si elle l’est, dans quelle mesure ?

Pour répondre à cette question nous allons présenter les différents points de vue sur la légitimité et la non-légitimité de l’intervention de l’Etat, enfin nous nous demanderons si elle est justifiée dans le contexte actuel.

I. L’intervention de l’Etat n’est pas justifiée.

Deux courants politiques, qui s’opposent, sont contre l’intervention de l’Etat pour des raisons différentes que nous allons présenter : les libéraux et les « marxistes ».

Selon les partisans du néo-libéralisme, la vie économique est dominée par l'initiative privée. Ils pensent comme Arthur Laffer et Adam Smith que « trop d’impôt tue l’impôt » et que « trop d’Etat tue l’Etat ». Il suffit donc pour eux que l’Etat laisse faire le marché et instaure une concurrence « libre et non faussée » pour corriger les excès. Il doit, selon eux, se tenir en dehors de l'activité économique et son action doit être aussi légère et neutre que possible. Cependant on peut leur faire remarquer que la crise de 2008 a commencé par une crise du marché immobilier alors dérégulé. On peut en déduire que la concurrence ne suffit pas pour réguler les effets néfastes de la finance. Le seul laissez-faire n’est donc pas une solution appropriée.

Il n’a pas que les libéraux qui s’opposent à l’intervention de l’Etat. Selon la théorie marxiste, les nationalisations sont un instrument de domination de la classe capitaliste. L’intervention de l’Etat a pour objet d'assurer le développement et la persistance du capitalisme. Elle permet notamment d'éviter la faillite de certaines sociétés. Par exemple, on peut penser que les Etats ont étés interventionnistes lors de la crise bancaire de 2008 pour sauver les banques alors qu’il aurait fallu laisser le système s’effondrer de lui-même, et ne pas sauver Goldman Sachs. Cette critique peut être nuancée par le fait que les états ont laissé Lehman Brothers faire faillite le 15 septembre 2008. Les « marxistes » plaident aussi que l’État prend en charge les investissements non rentables et laisse ceux qui sont profitable aux capitalistes.

Pourtant, les « marxistes » ne sont pas toujours opposés aux nationalisations, notamment quand elles sont faites par les pays latino-américains pour résister à l’impérialisme. Pour eux les nationalisations ne sont pas faites pour abattre le capitalisme. Ce n’est pas en effet le but des nationalisations qui peuvent être faite dans un but stratégique ou pour sauver l’emploi.

II. L’intervention de l’état est justifiée

Quels sont les arguments en faveur d’une politique industrielle ?

L’intervention de l’Etat peut être justifiée par le fait que l'industrie joue un rôle décisif dans la croissance économique nationale et que les pouvoirs publics doivent la soutenir face à la concurrence internationale. Elle peut être aussi justifiée en vue d’acquérir des industries et conquérir les marchés mondiaux. Elle peut également être une mesure défensive visant à contrecarrer les effets des politiques industrielles des autres pays. Enfin, elle peut se justifier pour sauver des entreprises en difficulté.

Plusieurs visions de cette intervention de l’Etat et ce en quoi elle doit consister se présentent.

Pour certains, l'action de l'Etat doit se cantonner aux cas où il est avéré que le marché ne fonctionne pas, cette idée se conforme à la théorie du marché selon laquelle l’Etat prend en charge les investissements non-rentables.

Pour d’autres comme Alain Juillet, ancien Haut responsable chargé de l’intelligence économique au Secrétariat général de la Défense nationale et Pierre Simon, président de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris, elle doit être limitée à certains secteurs stratégiques et dans le cadre de la législation européenne. Ces secteurs sont : les activités qui contribuent à la défense nationale et à la sécurité publique, les activités considérées comme vitales, et les activités économiques majeures. Sa théorie se limite d’elle-même dans le cadre de la législation européenne et il n’aborde pas le cas des nationalisations.

Le rapport de l’ancien PDG de Saint-Gobain Jean Louis Beffa établit lui un constat sévère sur la faiblesse de l’aide publique à l’innovation industrielle. Il propose de mettre l’accent sur des actions ciblées comme par exemple de miser sur les nouvelles technologies. Mais miser seulement sur l’innovation et les nouvelles technologies est aussi restrictif.

Enfin, certains courants de la Gauche radicale pensent que l’action de l’Etat est nécessaire pour remettre entre les mains des citoyens les entreprises telles que TOTAL, EDF ou AREVA dont l’objet ne devrait pas être mercantile. L'énergie étant le bien de tous, elle ne devrait pas être soumise au diktat des actionnaires. Ces courants pensent aussi que lors de la crise bancaire de 2008, l'Etat aurait dû prendre directement des parts des banques, au lieu de donner de l'argent pour les sauver. Ce n’est pas une mauvaise idée mais cela peut paraître risqué de jouer en bourse avec l’argent des contribuables.

Maintenant que nous avons montré les différentes conceptions de l’intervention de l’Etat et leurs limites nous allons nous demander si une intervention de l’Etat se justifie dans le contexte actuel.

III. Une intervention justifiée dans le contexte actuel ?

Nous assistons, depuis la fin des années 70, à un effondrement de l’emploi industriel. De 1974 à 1988 l’industrie a perdu 1,5 million d’emplois, sa part dans le PIB est passée de 30% dans les années 1980 à 20 % aujourd’hui. Le secteur industriel qui comprenait 40 % des actifs au début des années 70 est tombé à 20% aujourd’hui. Cela a conduit à un changement de nature du combat syndical de la classe ouvrière. Avant, pendant les 30 Glorieuses, les syndicats militaient pour des acquis sociaux et aujourd’hui ils se battent pour la sauvegarde de l’emploi, de l’industrie.

A partir de ce constat, soit on se résout à la situation et on s’y adapte, soit on se bat pour l’améliorer.

Dans le premier cas on se résout à l'importance prise par les services dans notre économie et l'Etat choisit de l'accompagner en rendant solvables ces emplois de services au lieu de se battre pour une cause perdue, celle de l’industrie. Selon cette théorie, il faut aussi s’appuyer sur la révolution numérique et faire en sorte qu’elle soit créatrice d’emploi. Néanmoins compter uniquement sur une économie de services peut paraître limite. Les jeunes ont besoin d’autres projets que l’accompagnement des personnes âgées pour envisager un avenir décent, tous les demandeurs d’emplois ne pourront pas travailler dans les services.

Dans le second cas, on fait le choix de résister à cet état de fait. C’est à ce moment-là qu’intervient la politique industrielle. Cela peut se faire au travers de fonds d’investissement, de crédit d'impôt, de la banque publique d'investissement, de planification écologique ou de nationalisation. Cependant certaines de ces mesures sont critiquables. Le crédit d’impôt compétitivité par exemple ne profite pas aux entreprises exportatrices, mais surtout les crédits d’impôts en général sont des niches fiscales qui introduisent l’idée de l’inégalité devant l’impôt. Les grandes entreprises peuvent ainsi faire ce qu’elles appellent de « l’optimisation fiscale » mais qui est en réalité de l’évasion fiscale.

L’Etat est encore légitime pour mener une politique industrielle dans la mesure où il peut sauver l’emploi industriel notamment quand les entreprises sont rentables. Mais, il faut aussi une organisation stratégique de l’industrie pour qu’elle soit organisée de façon efficace et écologiquement responsable. Sans cela toute tentative de sauvetage du secteur secondaire serait sans effet.

Néanmoins sauver l’industrie ne suffit pas, il est aussi important de considérer les services et les nouvelles technologies comme créateurs d’emplois et miser sur l’innovation. En ce sens, la création de la Banque Publique d’Investissement, pôle public financier, afin d'investir dans l'économie réelle, est une bonne nouvelle même si elle ne dispose pas de licence bancaire.

Commenter cet article

Solutions Industrielles 09/02/2014 22:04

c'est un grand poste. continuer à partager de bonnes choses.